Les chroniques du voyage

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Le récit détaillé du voyage 

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Le récit détaillé du voyage  

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Train ou pas, on regarde le tutus de la marchande de tutus.


Train ou pas, on mange comme à la maison.


Ce qu'il reste de la mer d'Aral.

  29 juin 2004 : Ces gens qui envient les Kazakhs !

Mon guide touristique m'avait prévenu : je suis arrivé dans une des régions les plus tristes de la planète. Tant qu'à faire, j'ai commencé par la ville la plus déprimante, Mouniak, ancien port de pêche de la mer d'Aral, aujourd'hui sur les bords d'un océan de dunes et de steppes où ne flottent que des petits coquillages et quelques bateaux rouillés. Plus impressionnant encore est le silence... Une route traverse la petite ville, mais il n'y a quasiment plus aucune voiture dessus. Les habitants marchent en silence dans ce qui devient peu à peu, un banal village avec une école et un collège surdimensionnés et vivotant de l'élevage ou de l'agriculture des terrains environnants. Tout est triste ici. Les vieux restent, souvent faute d’avoir assez d'argent pour partir dans une plus grande ville. Les jeunes, eux, sont rares. J'ai pu faire un tour dans ce qui reste de l'ancienne conserverie de poisson. La mer disparue, on a fait un temps venir du poisson de la Baltique jusqu'ici ! Mais, surprise, ce modèle économique n'a pas duré longtemps !
J'ai d'autant plus vite filé de cet endroit pour dépressifs chroniques que, pour ajouter à la vision paradisiaque du paysage, j'étais malade comme un chien. Bienvenue donc dans l'ouest de l'Ouzbékistan, dans cette région qui a un nom à la Tintin : le Karakalpakstan. En descendant du train (le voyage vaudrait à lui seul vingt chroniques), je suis arrivé dans une autre dimension. Vu d'ici, le Kazakhstan est un Eldorado, c'est dire ! Mon hôte, rencontrée dans le train, fait d'ailleurs ses maigres entrées d'argent en y revendant de la viande ouzbek.
Ici, on n'a plus un ou deux enfants, mais au moins cinq, les magasins sont vides, les prix plus bas que jamais et chez mes hôtes, les mouches accompagnaient nos repas ! Les Karakalpaks ont une langue un peu différente de l'ouzbek et assez proche du kazakh. On m'a expliqué que beaucoup faisaient inscrire sur leur passeport qu'ils étaient d'origine Kazakh pour pouvoir plus facilement aller travailler là-bas.
Et pourtant, les paysages que je traverse sont plus verts que de l'autre côté de la frontière, grâce à l'irrigation du fleuve immense qui passe ici : l'Amou-Daria. Imposés à l'époque soviétique, les champs de coton pullulent et leur surconsommation d'eau est la principale cause de l'assèchement de la mer d'Aral (j'ai bien dit à l'agriculteur que j'ai rencontré, d'arrêter tout de suite sa culture, mais il a fait semblant de ne pas me comprendre !). Je suis donc passé de la sécheresse, à la chaleur étouffante et humide ! Mais je préfère...
 




Khiva est une petite ville qui fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. C’était la capital d’un émirat ouzbek.


À Nukus, les habitants se baignent dans un des nombreux canaux de l’Amou-Daria. C’est cette trop grande irrigation qui a conduit à la baisse du niveau du fleuve et à l’assèchement de la Mer d’Aral.


 

  6 juillet 2004 : L’Ouzbékistan loin des touristes…

Ça y est, Seb m'a rejoint, tout enjoué à l'idée de traverser le désert pendant quatre jours. Je l'ai de suite mis dans un taxi pour Mouniak afin qu'il relativise les joies de l'existence, comme je le fais depuis mon passage dans cette ville et depuis que je subis un autre passage (digestif celui-là) difficile. Mon état est sûrement dû à ce poisson partagé à l'ombre d'un saule pleureur, au milieu des canaux d'irrigation de l'Amou-Daria. Nous étions dans un ancien kolkhoze, devenu un petit restaurant où peuvent loger, pour pas cher, les routiers de passage. Mon compagnon de table (enfin… de sol, vu que l'on mange parterre) m'a vite proposé de venir loger chez lui, avec sa femme et ses deux enfants. Ça ne posait pas de problème vu qu'il “était riche”. C'est une fois la proposition acceptée que j'apprenais qu'il était sorti de prison il y a 4 ans, après 15 années derrière les barreaux. Quant à sa richesse, je l’ai vite relativisée : dans la maison, pas plus de tables et de chaises que dans mon restaurant. Je remarque juste, tout autour des pièces vides, de belles étagères avec un peu de vaisselle.
Le vrai signe extérieur de richesse, je n'en prends conscience que le lendemain matin. “Je dois rentrer chez moi, me dit-il.
- C'est pas ici chez toi ?
- Si, mais je dois aller chez ma première femme.”
Et oui, la polygamie est rare en Ouzbékistan, mais pouvoir entretenir deux ménages est une preuve de prospérité. Me voilà donc seul avec cette deuxième épouse, jusque-là silencieuse. Elle se met de suite à me parler. Elle a 30 ans, lui 45. Elle ne l'aime pas et dit s'être retrouvée là à cause de la mafia locale. Je ne comprends pas tout. Je la quitte impuissant et des larmes plein le cœur.
L'Ouzbékistan est décidément un tout autre monde. On peut pourtant visiter le pays en ne côtoyant que d'autres touristes et en s'épargnant la confrontation à cette misère. Entre les quatre grandes villes touristiques locales, les nombreux voyageurs se retrouvent régulièrement et partagent leurs découvertes et leurs bons plans. Quasiment tous ceux que nous avons rencontrés font des voyages de plusieurs mois.
Ainsi à Khiva, splendide étape de la Route de la soie, j'ai retrouvé mes cyclistes hollandais rencontrés au Kazakhstan. Ils avaient décidé de faire à vélo la traversée du désert que j'ai faite en train. Malade, Alvine a abandonné au bout d’un jour. Quant à Frank, il a cassé son cadre le troisième jour ! J'ai décidément bien fait de m'épargner cette épreuve !
 




Les petits restaurants dans lesquels nous comatons.



Le désert au mois de juillet...


 

  19 juillet 2004 : Sur la Route de la Soie

Boukhara

Tachkent, l'étape finale du voyage est à moins de 600 kilomètres. Odessa me paraît si lointaine… Ça sent la fin du voyage et je réalise la chance que j'ai eu de passer de l'Europe à l'Asie à la simple force de mes jambes, en pouvant contempler chaque petit changement de paysage ou de culture… Quels points communs entre l'Ukraine aux belles églises orthodoxes et Boukhara, d'où je vous écris, et ses mosquées plusieurs fois centenaires ? Le fait que ces bâtiments religieux ne sont jamais très remplis, les tubes russes de l'été qui arrivent encore à mes oreilles de temps en temps, la langue russe que l'on comprend encore. Mais c'est à peu près tout. Certains kilomètres vous amènent plus loin que d'autres. Depuis la frontière kazakh, je n'ai quasiment pédalé que dans des déserts, comme pour montrer le gouffre entre l'Europe slave et l'Asie centrale.

Et c'est encore du désert que nous avons traversé pendant quatre jours, au fin fond de l'Ouzbékistan. Le soleil du mois de juillet rend les conditions physiques particulièrement dures, même si nous évitons de pédaler aux heures les plus chaudes. De midi à 16 heures, nous comatons dans les petits restaurants qui parsèment le désert.

En reliant les différentes étapes de la Route de la soie, nous empruntons sans doute les mêmes chemins que les commerçants du début du millénaire. Après Khiva, Boukhara et bientôt Samarkand.

Toutes ces villes foisonnent de medressas, de mosquées, de mausolées et donc… de touristes. Quant à la population locale, à Boukhara (comme à Samarkand), elle est d'origine tadjik. Le Tadjikistan voisin digère d'ailleurs assez mal d'avoir perdu ces villes prestigieuses suite au découpage soviétique de 1924.

Les Tadjiks locaux ont un dialecte assez éloigné de la langue de leur “mère-patrie”. Pas très bien vus là-bas, ils connaissent ici une rivalité sournoise avec les Ouzbeks de souche. Malgré cela, une très grande partie d'entre eux se dit et se fait enregistrer sur leur passeport, comme “Ouzbeks”. Explication avancée par l'une d'elles : “C'est moins facile de trouver du travail quand on est enregistré comme Tadjiks”. Seule leur langue les différencie des autres Ouzbeks. La religion, les vêtements (les femmes aux robes multicolores) ou les coutumes sont les mêmes.

Ces dernières ne sont pas vraiment d'avant-gardes. Cette Tadjik de 20 ans nous expliquait l'obéissance que les femmes devaient à leur mari ou à leurs parents. Les siens sont sévères et pas question pour elle de sortir seule après 19 heures et encore moins d'aller en boîte (les seules femmes qui les fréquentent, d'après elle, sont les Russes). Elle n'a jamais été à Samarkand ou Khiva : “Je ne peux pas y aller sans mes parents et ils n'ont jamais le temps pour cela. Quand je serai mariée, j'irai peut-être là-bas avec mon mari”. Bien qu'encore célibataire, elle compte se marier l'année prochaine.

Mais ne noircissons pas la situation de la femme. Notre amie a déjà eu un petit copain, a refusé sa main à plusieurs de ses camarades d'université, etc. Et puis ici, les femmes ne portent pas le voile, travaillent, s'expriment, etc.
 




Petit moment de tendresse à Samarkand



Les enfants jouent devant les célèbres monuments aux dômes bleus de Samarkand


 

  21 juillet 2004 : Notre rendez-vous à Samarkand

J

Je vous écris de Samarkand. Ce nom m'a toujours fait rêver sans que je sache exactement pourquoi. Cette étape mythique de la Route de la soie est aujourd'hui une des villes les plus importantes d'Ouzbékistan. Alors bien sûr, tout n'y fait pas rêver... Et pourtant, les monuments foisonnent et témoignent de la splendeur de l'ancienne capitale du royaume de Tamerlan. La faïence bleue des dômes des mosquées, les céramiques des mausolées… Le magnifique ne manque pas !

Notre première nuit à Samarkand s'est faite chez une très sympathique famille. Les Turcs exilés de Samarkand que j'avais rencontrés en Russie (voir chronique 8), m'avaient donné quelques adresses. Ceux qui allaient devenir nos hôtes eurent un certain choc à voir débarquer dans leur appartement des Français venus de la part d'un ami d'enfance : “Il vit bien en Azerbaïdjan ? me demandent-ils
- Non, en Russie, quelque part entre Rostov-sur-le-Don et Volgograd
- Il a des enfants ?
- Oui, deux fils et peut-être une fille. En tous les cas, il a une moustache. Et son petit frère est devenu assez gros...”

Autre référence au début de mon voyage, la mère du solide gaillard que nous venions voir est une tatare de Crimée ! C'est son grand-père qui a été exilé en Ouzbékistan. Ses deux enfants vivent aujourd'hui dans son appart et seule sa fille travaille. Cependant, pas question pour cette dame de retourner en Crimée (comme l'ont fait mes hôtes tatars de là-bas, voir chronique 6), ici, elle se sent chez elle. Bien que veuve d'un Tadjik (Samarkand est majoritairement tadjik) et bien que ses enfants parlent le tadjik et l'ouzbek, à la maison, on vit et on parle russe.

Cette petite soirée me rappelant différentes étapes du voyage fut donc très agréable. Les Ouzbeks sont sans doute les plus chaleureuses personnes que j'ai rencontrées jusque-là. Il suffit de s'asseoir quelque part pour que l'on vienne te demander d'où tu viens, ce que tu fais là, etc. Il n'y a jamais de mauvaises intentions derrière, c'est juste pour faire causette. Quand on traverse leurs belles régions irriguées, ils nous disent bonjour, nous encouragent, nous invitent chez eux… C'est absolument fabuleux !

Demain nous reprenons la route pour la dernière étape du voyage, Tachkent. Nos vélos sont plus beaux que jamais car nous les avons dotés de klaxons électroniques lumineux, et j'ai mis plein d'étoiles et de perles sur les rayons de mes roues ! Ainsi nous faisons très couleur locale. Et oui, la pauvreté n'empêche pas la futilité. Et tant mieux !
 






 Le Registan, à Samarkand

 


L’Ouzbékistan indépendant avait besoin d’un héros national pour se construire une identité. Ce sera Tamerlan, qui a fait de Samarkand la capitale de son royaume. Peu savent qu’il n’était pas ouzbek.

 


Tachkent, c’est surtout des immeubles, des statues et des jets d’eau. Pas de quoi en faire un plat !

  1er août : Le soleil se couche sur Tachkent

Tout commence par une serveuse de 20 ans au petit haut moulant et à la poitrine énorme. Une vision surréaliste après une traversée de l'Ouzbékistan où toutes les femmes portaient d'amples robes à fleurs et se contentaient, le plus souvent, de faire la cuisine ou d'arroser le sol pour le rafraîchir. Nous sommes encore à 150 kilomètres de Tachkent et cette belle Russe parle ouzbek couramment. Quelques kilomètres plus loin, une enseigne en cyrillique avec ce mot magique, “café”, que je croyais, depuis le Kazakhstan, définitivement remplacé par “maison de thé”.
Ensuite, tout s'enchaîne : un air que je connais à la radio, les Russes de plus en plus présents, les Ouzbeks qui parlent russe entre-eux et plus personne qui ne nous fait signe… Dans quel sens avançons-nous ? Ai-je fait le tour de la terre ? Suis-je revenu au point de départ ? Mon Dieu, une mini-jupe ! Un string ! Qu’elles sont belles les Ouzbeks sexy ! Bien plus belles que les fantômes à fleurs de leurs campagnes ! Ça y est ? C'est la ville ? C'est la fin ? C'est Tachkent !! Ce point final dont je prononce le nom 10 fois par jour depuis 4 mois ! On est dimanche soir, le soleil se couche sur la ville et sur ce rêve. Ça y est, ce voyage à vélo est à conjuguer au passé. Je suis déjà un peu plus vieux. Je sens mes muscles devenir flasques, je quitte mon apogée physique… Au secours !
Tout s'arrête ici, comme pour montrer qu'il ne suffit pas d'aller toujours plus à l'Est pour toujours plus d'exotisme. En Ouzbékistan, nous n'avons vu des Russes qu'ici et à Samarkand. Ils ont déserté les petites localités. Et comme au Kazakhstan, ils sont peu à peu évincés des hauts postes de l'administration… La seule bonne fac du pays impose à ses étudiants un examen d'ouzbek, une langue qu’ils ne parlent quasiment jamais !
Que serait cette ville sans eux ? Ressemblerait-elle à n'importe quelle capitale du tiers monde ? L'Occident arriverait-il jusqu'ici de la même manière ? Verrait-on ces jeunes “grunges” se défoncer aux jeux vidéos ? Ces lolitas aux yeux bridés sur les pistes de danse ? Jamais je n'ai vu un pays avec un tel décalage entre la ville et la campagne ! Qui gagnera la bataille ?

J'ai posé mon vélo, je me suis assis en face de la statue de Tamerlan. Celle qui remplace Marx. Quelque soit le bonhomme, les locaux se font toujours prendre en photo devant lui. J'ai tenté un bilan de ce qui s'est passé ces derniers mois. Tant d'émotions en si peu de temps. Je me suis aperçu que tout cela m'avait donné une soif d'encore plus de découvertes. Mais d'abord, j'ai envie de repos. Je rentre en France fin août, après une petite escale (sans vélo) dans les montagnes et les lacs du Kirghizstan. Mais j'ai aussi envie de raconter tout ce que j'ai vécu ces derniers mois. Envie de parler, de vous parler. Contactez-moi donc. Invitez-moi à prendre un verre, un repas.
Le partage de cette aventure se fera aussi de façon plus formelle grâce à des conférences, des expositions photos et des projections du film que nous avons tourné. Cela nous permettra de couvrir une partie de nos frais et de faire découvrir à toujours plus de gens ce que nous avons vécu. Là encore, invitez-nous, donnez-nous des idées, des contacts, etc. Nous avons soif de parler, d'écouter, d'échanger… Et nous ne pourrons pas le faire sans vous ! La balle est donc dans votre camp. Ne laissez pas toutes nos émotions avoir le temps de retomber. Nous avons rendez-vous avec vous.